La page blanche de la Rivière
Jean Le Gabier
Au fil du temps, des moments inattendus, improbables, des lieux sublimes, sur les chemins du Médoc
Sur la page blanche de la "Rivière" un bateau trace son Sillage et ses Vagues. Alors les unes après les autres, les vagues avancent, plissent régulièrement la surface de l'Estuaire jusqu'à la Rive et viennent mourir en chuintant sur l'estran. Pas très loin du bord, un Tadorne. Agacé par ce ballotage incessant de l'eau, le Canard quitte les lieux...Le bateau éloigné, c'est de nouveau, la page blanche qui attend que vienne se poser le Tadorne. Avant qu'un autre bateau n'arrive....
D'autres Matins, il faut regarder par la fenêtre de la cuisine, se demander si la Lumière sera belle. Une incandescence encore timide pointe, alors il faut vite prendre le Chemin qui mène vers elle. Arrivé tout au bout, c'est la récompense. La Luminosité s'est répandue partout, jusque dans les hautes herbes.C'est à cet instant là, que l'on passe une fois encore derrière l'écran..
Ces chemins-là vont tout droit. Ils n’en finissent pas de traverser les grands prés bordés de haies de Prunelliers, de Tamaris et de Ronces. Loin de tout, loin du bruit des Villages, ils mènent doucement dans un vieux film « western ». Magie de ces Paysages Médoquins, il ne faut pas beaucoup d’imagination pour passer derrière l’écran.
Ce début Mai, le temps est Gris, pluvieux. Le Vent de Nord-Ouest souffle fort. Les Vagues font la course vers la Plage où il n'y a pas âme qui vive. Elles s'enroulent, se déroulent et s'étirent sans fin. Les Nuages filent vers l'Estuaire. Une Averse s'abat sur la Forêt de grands Pins qui longe la Dune. L'ondée passée, le Ciel s'éclaircit. Alors au milieu des Vagues, Cordouan se montre...
Je ne me lasse pas de ces Aubes qui aux bords des chemins, ferment la Nuit avec fracas. Puis, au fil des minutes qui s'égrainent, la Lumière change peu à peu, doucement, silencieusement. Le Jour se lève. J'essaye de comprendre.... mais sans plus. Il faut simplement profiter, ne rien rater.
Dans les Marais d’Avril, les Roselières perlées de rosée dessinent des ombres chinoises sur le brouillard matinal. La période de chasse est fermée. Les Tonnes sont désertées.
Sur les Mares, immobiles, les Appelants attendent la saison prochaine. Seules quelques Aigrettes et Spatules arpentent avec prudence et élégance le plan d’eau à la recherche de quelques écrevisses.
Un Mouette agacée par leur présence se manifeste bruyamment en voletant au dessus d'elles. Le vaillant Traquet Motteux sur le chemin du retour vers le Canada, se repose près d’une Pante toute proche...
Dans mes clichés se trouvent semble t-il des Mots oubliés, des Mots qui se baladent depuis toujours sur les Chemins du Médoc.
Des mots accrochés aux Roselières dans les Marais, des mots qui flottent sur les eaux de l’Estuaire, des mots qui roulent avec les Vagues sur la Plage, des Mots qui s’envolent avec les Oiseaux.
Des mots d’avant qui sont encore présents, éparpillés sur les cartes, dans les Landes, dans les Vignobles. Des Mots qui se cachent dans les Forêts de Pins. Des Mots qui se glissent dans les expressions des gens d’ici.
Des Mots qui réveillent les mémoires.
Los Tradinaires, des passionnés d’Occitan et de la langue Médoquine, ont attrapé ces Mots et les ont « cabriolé » comme ils disent.
Pour leur plaisir, pour notre plaisir, mais aussi parce que les mots d’hier ne veulent pas mourir et nous aident à comprendre le présent.
Régulièrement nous partagerons leurs Mots en publiant des articles en Occitan.
Nous commenceront demain avec "Los Marescs d’Abriu " ...
Le Chemin longe la Rive pour arriver sur la petite Plage déserte. A peine levé, le Soleil joue des tours au Lac qui semble ne plus savoir qui il est, où il est. Au fil des premières minutes du Jour, les Couleurs éclatent, s'étalent, changent, se diluent, se séparent. Lac Orange, Lac Rose laqué de Blanc, Lac Blanc froissé de Bleu... Moi non plus d'ailleurs, je ne sais plus très bien où je suis. Mais je suis venu ici pour vivre ce moment indescriptible, improbable, et je ne suis pas déçu....
Nous sommes début Avril. Le Soleil apparait tout juste de l'autre côté de l'Estuaire. La Rive de ce côté-ci est déserte. Pas un Tadorne, même pas un Bécasseau sur le Vasard marbré de Lumière. Aveuglés, les Carrelets s'étirent sur leurs grands pieux. Immobile, le Phare de Richard rêve encore des Bals d'hier et à ces Danseurs qui venaient lui tenir compagnie. Bientôt le Jour sera définitivement là. Il reprendra son rêve la nuit prochaine. Quant à moi, je vais reprendre les chemins qui traversent le Palus pour rentrer....
Après avoir quitté l'Estuaire, sur le Chemin du retour, les "Grands Espaces". La matinée est déjà bien avancée. Dans les Palus, le Brouillard se dissipe après s'être accroché dans les Pruneliers en fleur et les Tamaris. Une Cigogne quitte son Nid, part à la recherche de Mulots et de Grenouilles. Entre les deux Rives, pas très loin de la "Rivière", tout près de l'Océan, les Chevaux sont ici chez eux....
